
Selon le Lien MULTIMÉDIA, le producteur Éloi Champagne, qui œuvre à l'Office national du film du Canada (ONF), revient ces jours-ci sur le chemin parcouru par l'Atelier Grand Nord XR, ce laboratoire entièrement dédié à la création d'œuvres immersives en réalité virtuelle et augmentée. Pour nous qui suivons de près les coulisses de l'art numérique francophone, ce type de bilan est précieux: il nous permet de comprendre comment un lieu de recherche fait évoluer ses méthodes, ses outils et son rapport au public. Autrement dit, derrière les casques et les capteurs, c'est toute une chaîne de décisions — artistiques, techniques, humaines — qui se redessine en silence.
Un laboratoire né d'une question simple
L'Atelier Grand Nord XR est d'abord né d'une interrogation que partagent de nombreux créateurs francophones: comment faire dialoguer une démarche d'auteur avec les contraintes très concrètes d'un médium encore jeune, où chaque projet exige ses propres protocoles? Éloi Champagne, en tant que producteur, agit précisément à ce point de bascule: il accompagne les auteurs, négocie les moyens, veille à ce que l'ambition poétique ne se dissolve pas dans les budgets ou les calendriers. C'est pourquoi son regard sur l'évolution du laboratoire intéresse autant les artistes qui imaginent aujourd'hui leurs propres dispositifs immersifs que les programmateurs qui hésitent encore à en proposer.
Un écosystème qui s'élargit, en France aussi
Pendant que le Québec affine ses laboratoires, l'Hexagone n'est pas en reste. La Ville de Paris vient ainsi d'annoncer, en parallèle de l'exposition consacrée à Auguste Bartholdi au musée d'Orsay, une expérience en réalité virtuelle intitulée « Une Statue pour la Liberté, le rêve de Bartholdi, de Paris à New York », déployée sur près de 700 m² dans la Galerie Amont. Reconstituée par GEDEON et son partenaire Aristeas à partir de recherches historiques approfondies, l'installation promet de faire marcher les visiteurs dans les pas du sculpteur, de Versailles en 1865 jusqu'à la baie de New York en 1886. C'est, d'une certaine manière, la preuve que les institutions muséales françaises prennent désormais la mesure du potentiel narratif du casque — et qu'un dialogue se noue, de part et d'autre de l'Atlantique, autour des mêmes enjeux: durée de vie des œuvres, accessibilité, place laissée aux auteurs.
Ce qu'il faudra guetter dans les mois qui viennent
Pour les artistes, les médiateurs et les lieux culturels qui nous lisent, quelques signaux méritent d'être suivis de près: la manière dont les œuvres produites en laboratoire trouvent ensuite un public — en festival, en galerie, en musée —, la place laissée aux jeunes pousses francophones dans ces dispositifs, et la capacité des institutions à entretenir un dialogue avec les auteurs bien au-delà du temps d'une résidence. Nous y reviendrons, car c'est précisément dans cet aller-retour entre l'atelier et la scène publique que se construit, pas à pas, le patrimoine numérique de demain — celui que nous pourrons un jour montrer à nos visiteurs comme on raconte l'appropriation d'un nouveau langage.