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L'art numérique immersif à Surabaya : quand la technologie occulte la création

D'après l'agence Xinhua, une installation d'art numérique immersive sur le thème de l'espace a ouvert ses portes à Surabaya, en Indonésie, attirant de nombreux visiteurs grâce à ses technologies de projection lumineuse.

L'art numérique immersif à Surabaya : quand la technologie occulte la création

Pendant ce temps, à 16 000 kilomètres de là, l'Arte Museum de New York s'apprête à souffler sa première bougie avec près de 450 000 visiteurs au compteur. Coïncidence? Assurément pas: derrière ces deux annonces, la même carte se dessine — celle d'un marché de l'immersif qui se déploie par franchise et capitalise sur une promesse artistique devenue produit d'appel.

Surabaya: la lumière comme seul argument

Selon Xinhua, l'installation indonésienne attire les foules grâce à un « dazzling display of light via state-of-the-art technologies ». La formulation est éloquente: on vante la prouesse technique et l'attraction touristique, sans dire un mot du propos, du commissariat, des artistes impliqués. Une installation d'art, mais sans artiste nommé — voilà le format minimaliste que l'on relaie sans broncher. C'est précisément ce vide qui mérite d'être pointé. Quand un média d'État relaie un dispositif immersif en insistant sur la performance technologique et le succès populaire, on est en droit de demander: qui signe l'œuvre? Quel regard critique? Quelle intention curatoriale? Aucune réponse. Le récit promotionnel se suffit à lui-même.

New York: l'anniversaire qui a tout d'un communiqué

De l'autre côté du Pacifique, l'Arte Museum — produit du studio sud-coréen d'strict — prépare sa campagne « D+365 » pour célébrer un an d'exploitation. Ouvert en septembre 2025 aux Chelsea Piers, l'espace revendique 14 zones d'exposition déployées sur 52 000 pieds carrés, mapping vidéo, contrôle multi-image et interactions basées sur capteurs. Le dispositif est millimétré. La campagne anniversaire transforme les statistiques en storytelling de gratitude. « This first year has been defined by the people who walked through our doors, shared their moments, and made this space their own », explique un représentant du lieu — dans une opération de communication qui convertit près de 450 000 billets vendus en autant de mercis numériques.

d'strict, fondé en 2004 à Séoul, revendique plus de 80 prix internationaux de design et se hisse au premier rang mondial dans la catégorie Installations au palmarès iF. Sur le papier, l'empire est solide. Sur le terrain de la création, la question se pose autrement.

Le modèle franchise: qui capture la valeur?

Voilà le paradoxe que personne ne pointe. L'Arte Museum essaime désormais à Séoul, Las Vegas, Dubaï, New York, en Chine et dans la région MENA — un déploiement qui emprunte la grammaire de la chaîne hôtelière plus que celle du projet curatorial. Pendant qu'on égrène les chiffres de fréquentation à Manhattan et qu'on inaugure en grande pompe à Surabaya, les artistes d'art numérique et de réalité augmentée — ceux qui bâtissent pièce par pièce les outils, les écritures visuelles et les protocoles d'interaction — figurent rarement au générique de ces mégaprojets.

L'immersif serait-il devenu le dernier avatar du greenwashing artistique: une expérience éblouissante, photogénique, socialement inoffensive, qui se gave du prestige de l'innovation tout en perpétuant l'asymétrie entre opérateur et créateur? Au fond, qui détient vraiment la propriété intellectuelle des œuvres projetées dans ces 14 zones new-yorkaises?