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L'ère post-numérique : quand les artistes réinventent notre rapport au vivant et au code

L'édition 2026, qui coïncide avec un dossier publié par Frieze sous le titre « The Code Universe: Artists Interrogating a Post-Digital Age », met l'écologie et l'éthique de l'IA au programme.

L'ère post-numérique : quand les artistes réinventent notre rapport au vivant et au code

Au Victoria and Albert Museum, du 18 au 20 septembre, le Digital Design Weekend déploie trois jours d'installations, performances et ateliers gratuits qui croisent art numérique, design et communautés technologiques. L'édition 2026, qui coïncide avec un dossier publié par Frieze sous le titre « The Code Universe: Artists Interrogating a Post-Digital Age », met l'écologie et l'éthique de l'IA au programme. Pour qui regarde de près, l'intérêt n'est pas dans les intentions affichées: il est dans les choix de production, les impasses et les raccourcis que chaque pièce assume ou esquive.

Le sol, la flore, le capteur

Linda Dounia ouvre le festival avec « Once Upon A Garden », une archive spéculative de la flore sahélienne en danger critique ou déjà éteinte. Emily Stapleton-Jefferis invite à poser les mains dans la terre avec « The Soil Sounds Back »: on écoute l'écho d'un écosystème vivant que ce substrat abritait. Shinji Toya pousse le geste jusqu'au calcul avec « Microbial Feral Computing », qui bricole des bio-piles à base de sol et des ordinateurs basse consommation dans une lecture solarpunk assumée. Trois pièces, une même logique: le code n'est plus le sujet, il devient infrastructure discrète d'une expérience qui se joue d'abord dans le corps et la matière.

Le soin comme méthode de production

Plusieurs œuvres déplacent la question de la responsabilité vers le geste de soin. Dr Paulina Yurman enregistre « Soothing Sounds », les stratégies vocales que parents, aidants et bébés construisent entre eux. Maria Than fait de « Please Come Back Tomorrow » une traversée des systèmes bureaucratiques pensée comme un parcours de compassion. Deepa Mann-Kler enferme la ménopause dans une expérience de réalité virtuelle multisensorielle avec « The Baby Factory is Closed »: un dispositif qui reprend les codes de l'immersion pour ouvrir la conversation sur un sujet souvent passé sous silence. L'enjeu n'est pas d'illustrer le care — c'est d'en faire une contrainte de fabrication, avec ce que cela suppose comme place laissée au spectateur.

IA, infrastructure et coulisses

Nathan David Smith présente « Large Language Machine », qui déballe les structures cachées derrière les réponses d'un chatbot. La conversation du Lumen Prize « The Age of Responsibility: Rethinking Digital Futures » prolonge le mouvement en demandant aux artistes d'aborder la technologie créative avec davantage de stewardship. Côté relève, les vitrines des étudiants du programme Computational Arts de Goldsmiths et du MA Information Experience Design du Royal College of Art donnent à voir les directions prises par ces cursus londoniens. Pour qui suit la scène, c'est l'indicateur le plus concret: ce que les jeunes diplômés font de l'IA générative et du code créatif dessine ce qui sera exposable dans deux ans.