Montée des eaux en AR: le projet marseillais de Thomas
Elle modifie les conditions d’évacuation des eaux pluviales, augmente le risque d’intrusion marine et déplace la frontière entre espace urbain praticable et infrastructure vulnérable.
Dans ce contexte, une installation de réalité augmentée sur la montée des eaux ne sert pas seulement à produire une image spectaculaire. Elle transforme une donnée climatique abstraite en information spatiale: une hauteur d’eau, un quai, une rue, un bâtiment, un réseau d’assainissement. Le projet marseillais attribué à l’artiste Thomas s’inscrit dans cette logique, mais sa documentation publique reste insuffisante pour en décrire précisément la technologie, le lieu ou le dispositif matériel. Il faut donc distinguer ce qui relève de l’œuvre et ce qui relève des projections scientifiques disponibles.
Le littoral marseillais face à une donnée qui devient physique
Les chiffres climatiques sont rarement difficiles à comprendre. Leur problème est ailleurs: ils sont difficiles à localiser.
Une élévation de 43 centimètres à l’horizon 2100, dans le scénario compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5 °C, reste une valeur globale. Elle ne dit pas immédiatement ce qu’elle change dans un port, sur une digue ou au niveau d’un déversoir d’orage. À l’inverse, une projection allant jusqu’à 1,3 mètre si les objectifs climatiques ne sont pas respectés donne une échelle de risque, mais pas encore une expérience concrète.
La modélisation en réalité augmentée peut réduire cet écart. Elle superpose une information calculée à un environnement existant. Le spectateur ne regarde plus une carte séparée du territoire. Il observe un lieu réel dans lequel une hypothèse climatique vient s’inscrire.
À Marseille, cette traduction spatiale est particulièrement opérationnelle. La ville a adopté en juin 2025 le lancement d’un plan d’adaptation au changement climatique intégrant des scénarios allant jusqu’à +4 °C. Cette référence ne décrit pas une prédiction unique. Elle établit une plage de contraintes destinée à tester la robustesse des politiques publiques.
Le littoral méditerranéen est déjà soumis à une hausse des températures estimée à 2,3 °C d’ici 2050, selon le rapport publié par la Cour des comptes en janvier 2025. L’élévation du niveau marin, elle aussi projetée à 40 centimètres pour cette échéance, agit sur des systèmes conçus selon des paramètres historiques. Or une infrastructure littorale ne fonctionne pas seulement avec une altitude moyenne. Elle dépend de seuils, de pentes, de clapets, de déversoirs et de capacités d’évacuation.
À Marseille, la cote d’élévation des plus hautes eaux au niveau des déversoirs d’orage doit passer de 0,56 m NGF/IGN69 en 2020 à 0,70 m en 2050. La différence paraît limitée lorsqu’elle est isolée dans un tableau. Elle devient plus critique lorsqu’elle intervient dans un système où l’évacuation des eaux pluviales dépend de niveaux marins déjà élevés. Le risque n’est pas seulement l’inondation directe. C’est aussi le ralentissement des écoulements et la possibilité d’intrusions d’eau de mer dans les réseaux.
Une donnée climatique devient compréhensible lorsqu’elle rencontre un seuil, une pente ou un usage précis.
Une œuvre en réalité augmentée peut rendre visible ce type de seuil. Elle ne remplace pas une étude hydraulique. Elle ne produit pas, par elle-même, une mesure réglementaire. Son intérêt est celui d’une interface de médiation: elle permet d’associer une projection à un territoire que le public connaît déjà.
La réalité augmentée comme outil de médiation
La réalité augmentée est souvent utilisée dans les expositions comme une couche d’effets visuels. Cette approche limite son potentiel. Dans le cas de la montée des eaux, la question centrale n’est pas de simuler une catastrophe de manière convaincante. Il s’agit de structurer une information complexe sans en réduire la précision.
Une simulation AR de la montée des eaux peut intégrer plusieurs niveaux de lecture:
- La hauteur: une ligne d’eau matérialise une cote donnée, par exemple 40 centimètres ou 1 mètre.
- La temporalité: l’image distingue un horizon 2050 d’un horizon 2100.
- La localisation: le public identifie les zones basses, les infrastructures exposées et les continuités urbaines.
- La causalité: la visualisation relie l’élévation marine aux réseaux, aux accès et aux usages.
- L’incertitude: le dispositif précise ce qui relève d’un scénario, d’une projection ou d’une observation.
Cette dernière dimension est rarement traitée correctement. Une image trop nette donne au public l’impression d’une certitude. Une ligne d’eau tracée au centimètre près peut être interprétée comme une prédiction alors qu’elle dépend de nombreuses variables: scénario d’émissions, évolution des tempêtes, topographie locale, état des ouvrages, ruissellement et calendrier d’adaptation.
Le dispositif doit donc afficher sa propre marge d’interprétation. Cela peut passer par des plages de valeurs, des niveaux de confiance ou des scénarios différenciés. La transparence méthodologique n’est pas un supplément pédagogique. Elle conditionne la crédibilité de l’œuvre.
Un projet présenté à Marseille en juillet 2023 fournit un précédent pertinent. « Immersion, Nature augmentée », conçu par le studio Les Fées Spéciales avec l’artiste Anne-Lise Koehler et le réalisateur Éric Serre, a utilisé la réalité augmentée pour sensibiliser au fonctionnement des milieux aquatiques lors des Assises nationales de la biodiversité. Le projet montre que la technologie peut servir à révéler des phénomènes invisibles plutôt qu’à ajouter une couche décorative au paysage.
La logique est transférable à la montée des eaux. Le spectateur ne doit pas seulement voir l’eau monter. Il doit comprendre ce que cette montée modifie dans l’organisation du territoire. La différence est importante. Une visualisation spectaculaire produit un impact ponctuel. Une visualisation structurée produit une capacité de lecture.
Deux modèles de visualisation
| Approche | Fonction principale | Risque | Condition de réussite |
|---|---|---|---|
| Simulation immersive | Donner une perception immédiate de la hauteur d’eau et de l’exposition | Réduire le climat à une image de catastrophe | Relier l’image à des données et à des scénarios explicites |
| Visualisation territoriale | Montrer les effets sur les réseaux, les accès et les usages | Devenir trop technique pour un public non spécialiste | Utiliser plusieurs niveaux de lecture sans simplifier abusivement |
| Parcours en réalité augmentée | Inscrire la donnée dans un espace urbain réel | Confondre l’œuvre avec une prédiction officielle | Identifier clairement les hypothèses et les sources de calcul |
| Installation pédagogique | Expliquer les mécanismes hydrauliques et les options d’adaptation | Produire une expérience descendante et peu interactive | Permettre la comparaison entre plusieurs trajectoires |
Une installation de réalité augmentée sur la montée des eaux doit donc être pensée comme une chaîne d’intégration. Les données scientifiques alimentent un modèle. Le modèle est traduit en éléments visuels. Ces éléments sont positionnés dans un environnement. Le public les interprète. Chaque étape peut introduire une friction ou une erreur.
Ce que l’on peut attribuer au projet de Thomas — et ce qui reste inconnu
Le projet marseillais associé à Thomas est identifié par son sujet: la montée des eaux et ses effets sur le littoral. En revanche, les informations disponibles ne permettent pas de confirmer le nom complet de l’artiste, le lieu exact d’exposition, la date d’inauguration ou la fiche technique de l’installation.
Cette limite documentaire doit être prise au sérieux. Elle n’empêche pas l’analyse de la démarche. Elle interdit simplement de transformer une attribution partielle en biographie complète, ou de décrire un casque, un modèle 3D, un parcours ou un logiciel sans source directe.
Le point intéressant se situe justement dans cette zone de transition entre œuvre documentée et projet émergent. L’artiste engagé sur le climat ne travaille pas seulement avec une idée générale — la mer monte, le littoral est menacé. Il doit traiter un ensemble de contraintes: données compatibles, emprise géographique, résolution du modèle, dispositif d’affichage, accessibilité, maintenance et interprétation.
Le terme d’« art de l’Anthropocène » est utile à condition de ne pas devenir une étiquette. Il désigne des pratiques qui rendent perceptibles les effets des activités humaines sur les milieux, mais il ne garantit ni la rigueur scientifique ni la pertinence politique d’une œuvre. Dans une installation AR, la question n’est pas de savoir si la technologie est contemporaine. Elle est de savoir ce qu’elle permet de comprendre que d’autres formats ne montrent pas aussi bien.
La valeur d’un projet dépend alors de trois critères.
1. La précision du cadre scientifique.
Les données utilisées doivent être reliées à un scénario clairement identifié. Une œuvre peut simplifier. Elle ne doit pas mélanger une moyenne globale, une projection régionale et une mesure locale comme s’il s’agissait de la même information.
2. La qualité de l’ancrage territorial.
Une simulation générique de submersion peut être produite dans n’importe quelle ville côtière. Une œuvre marseillaise devient pertinente lorsqu’elle prend en compte les niveaux, les ouvrages, les usages et les contraintes propres au littoral phocéen.
3. La capacité à présenter plusieurs futurs.
Le public doit pouvoir comparer les trajectoires. Une seule image de submersion ferme le raisonnement. Plusieurs scénarios permettent d’identifier les choix, les délais et les arbitrages.
L’artiste n’a pas besoin de se transformer en ingénieur hydraulique. Mais il doit organiser une intégration fiable entre expertise scientifique et expérience sensible. Le rôle de la direction artistique n’est pas de masquer la complexité. C’est de la rendre exploitable.
Le Vieux-Port n’est pas un décor neutre
Le choix d’un espace comme le Vieux-Port — lorsqu’il est retenu comme cadre de représentation — pose une question de méthode. Un lieu très identifié possède une forte efficacité de médiation. Les visiteurs reconnaissent immédiatement les quais, les perspectives et les circulations. La comparaison entre l’état actuel et un scénario futur peut être produite sans long temps d’apprentissage.
Mais cette efficacité crée aussi un biais. Le public risque de se concentrer sur l’image du monument ou du paysage emblématique, au détriment des infrastructures moins visibles. Or les effets de la montée des eaux ne se répartissent pas selon la valeur esthétique des lieux.
Un réseau d’assainissement, un accès technique, une zone de stockage ou un déversoir peuvent être plus déterminants pour la résilience urbaine qu’un point de vue spectaculaire. L’installation doit donc gérer une tension entre visibilité et pertinence. Les éléments les plus faciles à représenter ne sont pas nécessairement les plus importants pour l’adaptation.
La réalité augmentée permet de superposer plusieurs couches. Une première peut montrer la hauteur d’eau. Une deuxième peut faire apparaître les réseaux. Une troisième peut signaler les zones où l’évacuation des eaux devient moins efficace. Une quatrième peut présenter les mesures d’adaptation possibles: relèvement d’ouvrages, modification des usages, désimperméabilisation, transformation des accès ou redimensionnement des équipements.
Il ne s’agit pas de transformer une œuvre en plan d’aménagement. Le public n’a pas besoin de recevoir un dossier technique complet sur son téléphone. En revanche, il doit pouvoir comprendre la relation entre le phénomène et la décision.
Cette architecture de contenu évite deux écueils fréquents de l’art numérique consacré au climat:
- l’esthétisation du risque, lorsque la submersion devient une image séduisante sans conséquence opérationnelle;
- la technicisation du message, lorsque les données sont exactes mais présentées sans hiérarchie ni point d’entrée.
La médiation doit maintenir une progression. D’abord le lieu. Ensuite la mesure. Puis le mécanisme. Enfin les options. Cette séquence est plus efficace qu’une accumulation d’informations.
La bonne simulation ne montre pas seulement ce qui disparaît. Elle rend lisible ce qui doit être décidé avant la disparition.
Les contraintes techniques d’une modélisation marine en milieu urbain
Une installation de réalité augmentée dans l’espace public doit fonctionner dans un environnement qui n’a rien d’un laboratoire. La luminosité varie. Le réseau peut être instable. Les surfaces de référence sont parfois masquées. Les visiteurs se déplacent à des vitesses différentes et ne disposent pas tous du même équipement.
La première contrainte concerne la géolocalisation. Pour superposer une ligne d’eau à un quai ou à une façade, le système doit connaître la position et l’orientation du dispositif. Une erreur de quelques mètres peut décaler l’image au point de rendre la comparaison inutilisable. La précision attendue dépend du niveau de détail de l’œuvre. Une visualisation générale tolère une approximation. Une lecture au niveau d’un seuil ou d’un déversoir ne la tolère pas.
La deuxième contrainte concerne la topographie. Le niveau marin n’est pas une hauteur visuellement uniforme. Il se combine avec le relief, les obstacles, les ouvertures et les chemins d’écoulement. Une surface bleue qui recouvre indistinctement une rue et un bâtiment produit une représentation simple, mais elle ne décrit pas nécessairement le fonctionnement hydraulique réel.
La troisième contrainte concerne la mise à jour des données. Les projections climatiques ne sont pas des fichiers définitifs. Les hypothèses évoluent. Les collectivités publient de nouveaux plans. Les infrastructures sont modifiées. Une œuvre numérique conçue sans stratégie de maintenance se dégrade rapidement, même si son dispositif visuel reste fonctionnel.
La maintenance doit être intégrée au projet dès la conception:
- versionner les données et les scénarios utilisés;
- conserver une date de référence pour chaque projection;
- documenter les transformations appliquées aux données scientifiques;
- séparer le moteur de visualisation du contenu éditorial;
- prévoir une procédure de mise à jour lorsque les hypothèses changent;
- afficher au public la version du modèle présenté.
Cette approche relève de la gouvernance autant que de la technique. Elle évite qu’une installation continue de présenter comme actuelle une projection devenue obsolète ou mal interprétée.
L’accessibilité constitue un autre paramètre de déploiement. Une œuvre dépendante d’un smartphone récent exclut une partie du public. Un parcours nécessitant une connexion permanente perd sa fluidité dans une zone dense. Un dispositif fondé uniquement sur la vision ne convient pas à tous les visiteurs. L’infrastructure culturelle doit traiter ces limites comme des variables de conception, pas comme des problèmes secondaires.
Une version sans réalité augmentée peut être nécessaire: écran collectif, projection fixe, carte imprimée, médiation orale ou signalétique augmentée. La scalabilité du projet ne consiste pas à multiplier les appareils. Elle consiste à conserver le même contenu essentiel à travers plusieurs interfaces.
Mesurer l’efficacité sans réduire l’œuvre à un KPI
L’art numérique engagé est souvent évalué selon des critères contradictoires. On lui demande d’être autonome, accessible, techniquement robuste, scientifiquement exact et capable de modifier les comportements. Aucun indicateur unique ne peut couvrir ces fonctions.
Les KPI restent toutefois utiles pour vérifier si le dispositif atteint son public et si le parcours fonctionne. Ils ne mesurent pas la valeur esthétique de l’œuvre. Ils permettent de repérer les points de friction.
Quelques indicateurs sont pertinents:
- taux d’accès au dispositif par rapport au nombre de visiteurs exposés au parcours;
- durée moyenne d’utilisation;
- proportion de visiteurs ayant consulté au moins deux scénarios;
- taux d’abandon avant la fin de la séquence;
- compréhension déclarée de la différence entre projection et prédiction;
- capacité à identifier au moins une infrastructure affectée;
- accessibilité du contenu sans équipement individuel;
- fréquence des erreurs de géolocalisation ou de chargement.
Un indicateur de fréquentation seul ne suffit pas. Une installation peut attirer beaucoup de visiteurs parce qu’elle est visible, sans produire une compréhension durable. À l’inverse, un dispositif plus discret peut être efficace auprès d’un public réduit mais engagé dans une lecture approfondie.
Le critère central est la conversion de l’expérience en capacité d’action. Après le parcours, le visiteur sait-il ce que signifie une élévation de 40 centimètres dans un environnement précis? Comprend-il pourquoi une cote de déversoir modifie l’évacuation des eaux? Identifie-t-il la différence entre adaptation locale et réduction globale des émissions?
Ces questions peuvent être testées sans transformer la visite en examen. Un court dispositif de retour, une médiation ou une comparaison de scénarios suffit à vérifier si le message passe. L’objectif n’est pas de produire une note. C’est de détecter les erreurs de compréhension qui pourraient être renforcées par l’image.
De l’œuvre à l’infrastructure culturelle
L’intérêt du projet marseillais ne se limite pas à la représentation du changement climatique. Il révèle une transformation plus large des infrastructures culturelles. Les lieux d’exposition deviennent des espaces de traduction entre recherche, politique publique et expérience citoyenne.
La Ville de Marseille a intégré dans son plan d’adaptation des scénarios climatiques sévères allant jusqu’à +4 °C. Une œuvre numérique peut accompagner cette orientation, à condition de ne pas se substituer à elle. Le rôle de l’art est différent de celui d’un plan d’action. Il peut rendre perceptibles les conséquences d’un choix, exposer les contradictions d’un aménagement ou donner une forme commune à des données dispersées.
Cette complémentarité exige une séparation claire des responsabilités. Les institutions fournissent les données et les cadres de décision. Les artistes construisent une expérience et une lecture. Les ingénieurs garantissent la cohérence des modèles. Les médiateurs organisent la réception. Lorsque ces fonctions sont confondues, le projet devient fragile: l’œuvre prétend démontrer ce qu’elle ne peut que suggérer, ou la politique publique utilise l’œuvre comme preuve de participation sans lui donner accès aux conditions réelles de décision.
Pour les structures culturelles qui souhaitent déployer une installation de réalité augmentée sur la montée des eaux, la séquence d’implémentation devrait être concrète:
1. Définir la question territoriale.
Il faut partir d’un lieu et d’un problème précis: évacuation des eaux, accès au quai, exposition d’un équipement, continuité d’un parcours.
2. Stabiliser le référentiel de données.
Les altitudes, les scénarios et les horizons temporels doivent être identifiés avant la production visuelle.
3. Construire plusieurs niveaux de lecture.
Une première couche doit être immédiatement compréhensible. Les informations techniques viennent ensuite, à la demande.
4. Tester la localisation et l’accessibilité.
Les erreurs de positionnement, la luminosité, la connectivité et la diversité des équipements doivent être évaluées sur le site réel.
5. Documenter les hypothèses.
Chaque représentation doit indiquer ce qu’elle montre, à quelle échéance et selon quel scénario.
6. Prévoir la maintenance.
Une œuvre numérique exposée au climat ne peut pas être conçue comme un objet immobile. Ses données, ses logiciels et ses interfaces doivent pouvoir évoluer.
Cette méthode ne réduit pas l’art à une procédure. Elle garantit simplement que la technologie reste au service de la question posée.
Une recommandation d’implémentation pour Marseille
Le projet attribué à Thomas doit être considéré comme un point d’entrée, non comme une démonstration suffisante à elle seule. La prochaine étape logique serait un dispositif territorial documenté, capable de distinguer trois échelles: la projection méditerranéenne, le fonctionnement local du littoral marseillais et les décisions d’adaptation prises dans la ville.
Le format le plus robuste serait une installation hybride. La réalité augmentée fournirait la visualisation située. Un écran ou une interface fixe présenterait les hypothèses, les dates et les limites du modèle. Un module de médiation expliquerait le passage entre élévation du niveau marin, déversoirs d’orage et usages urbains. Le contenu serait disponible avec et sans smartphone.
Cette architecture réduit la dépendance à un seul équipement. Elle améliore l’accessibilité. Elle permet aussi de mettre à jour les données sans reconstruire toute l’expérience.
Le principal KPI ne devrait pas être le nombre de téléchargements ou de visiteurs. Il devrait mesurer la compréhension d’un enchaînement simple: une projection climatique modifie un niveau d’eau; ce niveau affecte une infrastructure; cette contrainte appelle une décision d’adaptation.
C’est à cette condition que l’art numérique consacré au réchauffement climatique dépasse la visualisation. La réalité augmentée ne rend pas l’avenir certain. Elle rend ses paramètres discutables, localisables et comparables. Pour un littoral comme celui de Marseille, cette fonction est déjà une infrastructure de connaissance.




