
Selon Fisheye Immersive, la bitforms gallery new-yorkaise fête ses 25 ans avec « Time is a flat circle », exposition collective qui réunit Erick Antonio Benitez, Ricardo Cabret, Umber Majeed et Lou Fauroux autour des mythologies numériques contemporaines. Quatre artistes qui, par le film et l'impression 3D, travaillent moins à représenter le réel qu'à bricoler des imaginaires partagés — intimes, futuristes, populaires, sans cesse réinterprétés.
Trois écrans, un seul récit à recomposer
Le film de Lou Fauroux, To Whom It May Concern, There Will Be Tears In My Hennessy Ch. III, installe trois écrans synchronisés prolongés par des impressions 3D disséminées dans la galerie. Pas de siège, pas d'image unifiée: le spectateur doit déambuler, recomposer le récit fragment par fragment. C'est cette même logique d'installation que Fisheye Immersive suit chez d'autres artistes — Émilie Brout & Maxime Marion, Josèfa Ntjam, Cao Fei — qui érigent, depuis l'image numérique, de véritables mythologies alternatives.
Nietzsche, Barthes, et le grain rétro
Le titre, emprunté à Nietzsche, pose le cadre théorique: à l'heure où le numérique archive tout — comptes, avatars, photos —, le temps tourne sur lui-même, sans destination finale. Deux pièces prolongent cette boucle. Maria Mavropoulou, avec Imagined Images (2024), et Mayara Ferrão, avec The First Trace Was Water (2025), produisent des images générées par prompts documentés qui imitent le grain, les rayures et la chimie défaillante d'anciens tirages photographiques. Geste inverse de la haute définition: ajouter du défaut pour suggérer une mémoire.
Berlin, en parallèle: la géométrie comme archétype
En parallèle, ART at Berlin signale « Forbidden Colours », l'exposition monographique que la Galerie Creative Game consacre à Visuman, ouverte jusqu'au 6 septembre 2026 (closing event et artist talk le 4). L'artiste y décline sa figure éponyme — un écran en guise de tête, un bouton d'alimentation pour torse, des câbles pour jambes — sur fond de graphes de fonctions mathématiques: courbe de Peano, de Fatou-Staub, chaîne de Poincaré, pavage d'Apollonius. Plusieurs pièces de la série Fraxnix doivent leur existence aux outils Photoshop et à l'application Frax développés par l'informaticien Kai Krause. L'exposition juxtapose cette rigueur géométrique à la série « Offenherzig », plus proche de l'énergie brute de Basquiat, pour explorer la queerité — preuve que l'ordinateur reste, chez Visuman, un atelier plus qu'un dogme.