
L'association américaine STEMarts Lab a choisi une tout autre entrée — celle de l'art et de l'espace — pour rendre la technologie tangible, lors d'une démonstration interactive organisée à l'École préparatoire de Jalisco, au Mexique, en partenariat avec l'Université de Guadalajara. Une initiative qui pose, à sa manière, la question que tout médiateur culturel connaît par cœur: comment donner corps à une œuvre qui n'existe qu'à travers un écran?
Quand l'art spatial s'invite dans la cour de récréation
Le programme « Space (AR)T. Space art in the sky. A journey in Augmented Reality » a permis à des élèves du système d'enseignement secondaire supérieur (SEMS) de découvrir de première main ce que peut la réalité augmentée. Pas dans un manuel, pas sur un écran passif — mais en scannant des codes QR disposés dans l'espace public, pour voir apparaître des œuvres numériques flottant dans le ciel, au-dessus de la cathédrale de Guadalajara par exemple. « On appelle ces œuvres space art parce qu'elles apparaissent dans le ciel, mais elles n'apparaissent qu'à travers les téléphones ou les tablettes; autrement, il n'y a rien là-haut », a résumé Agnes Chavez, fondatrice de STEMarts Lab et plasticienne cubano-américaine.
L'approche est singulière: plutôt que de présenter la RA comme un outil technique à maîtriser, l'association la déploie comme un médium artistique à part entière, en collaboration avec des artistes, des scientifiques, des philosophes et des juristes spécialisés dans le droit de l'espace. L'objectif, selon Chavez, est d'offrir la réalité augmentée comme une alternative concrète pour relier la société aux technologies émergentes. Le programme travaille avec de jeunes ambassadeurs qui conçoivent eux-mêmes les pièces, transformant les élèves de spectateurs en co-créateurs.
De Albuquerque à Guadalajara: un jumelage créatif
Cette initiative n'est pas apparue ex nihilo. Elle résulte du jumelage entre la ville de Guadalajara et celle d'Albuquerque, au Nouveau-Mexique, d'où est originaire STEMarts Lab. Marcela Hernández Aguayo, responsable de la Coordination pour la Promotion du Développement Intégral à l'Université de Guadalajara, a souligné que ces activités s'inscrivent dans une dynamique d'échange visant à développer la réflexion, la créativité et l'appropriation des technologies par les jeunes.
Au total, 36 œuvres ont été sélectionnées dans plusieurs établissements — le lycée préparatoire n° 5, celui de San José del Valle, et l'École régionale préparatoire de Huejuquilla el Alto — et seront présentées au public le vendredi 22 novembre, de 17 h à 19 h, sur la Plaza Guadalajara, dans le centre historique. Les visiteurs pourront scanner les codes QR disposés sur place pour interagir avec les créations directement depuis leur téléphone portable. Un format que l'association a déjà éprouvé avec le planétarium Lunaria, où des vidéos immersives et interactives avaient été projetées pour favoriser le contact entre jeunes et scientifiques d'autres régions du globe.
Ce que cela change pour nous, médiateurs et public
Ce qui frappe dans cette démarche, c'est la manière dont elle résout un problème concret: comment rendre perceptible une œuvre qui, par définition, n'existe que par l'intermédiaire d'un dispositif? En ancrant la réalité augmentée dans un lieu emblématique et en la confiant à des lycéens comme créateurs — et non simples consommateurs —, STEMarts Lab transforme la médiation en expérience incarnée. L'œuvre n'est plus expliquée, elle est vécue, dans l'espace même que le public arpente chaque jour.
À plus long terme, ce type d'initiative nous invite à repenser nos propres grilles. Et si la clé d'entrée dans les technologies immersives ne passait ni par la formation technique, ni par le spectacle grand public, mais par le geste artistique lui-même? L'expérience de Guadalajara suggère que c'est précisément là que se joue l'appropriation durable — dans ce moment où le téléphone devient fenêtre, et le ciel, toile.