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Extended Reality Performance : un manuel pratique pour réinventer la scénographie numérique

Comme le rapporte Trinity College Dublin, un ouvrage collectif publié chez Bloomsbury Methuen Drama réunit pour la première fois les méthodologies de praticiens qui intègrent la vidéo volumétrique…

Extended Reality Performance : un manuel pratique pour réinventer la scénographie numérique

Comme le rapporte Trinity College Dublin, un ouvrage collectif publié chez Bloomsbury Methuen Drama réunit pour la première fois les méthodologies de praticiens qui intègrent la vidéo volumétrique, la réalité augmentée et la VR sociale à leur scénographie. Pour nous qui accompagnons des artistes et des publics dans ces espaces encore neufs, c'est une pièce manquante: un manuel de terrain qui ne se contente pas de décrire les œuvres, mais qui explique comment on les fabrique.

Un spectre à parcourir, pas une mode à suivre

Dirigé par Néill O'Dwyer, Jo Scott et Gareth W. Young, le livre déploie ce que les éditeurs nomment un « spectre de la performance en réalité étendue ». On y traverse successivement le son géolocalisé, la performance en réalité augmentée, les environnements de réalité mixte, la vidéo volumétrique, le théâtre-danse en VR, l'incarnation par avatar et la performance en direct dans des mondes sociaux virtuels. L'ambition affichée n'est pas de vendre une esthétique: c'est de documenter les processus créatifs, les protocoles d'itération, les obstacles techniques et les langues esthétiques qui émergent quand un artiste accepte de laisser un casque, un marqueur ou un nuage de points devenir un partenaire de jeu. La voix des praticiens y est volontairement mise en avant — autrement dit, derrière chaque promesse technologique, il y a d'abord un corps en scène et un public à accueillir.

Pendant ce temps, à Venise

Ce lancement arrive à un moment charnière que les équipes de la Venice Immersive décrivent elles-mêmes comme un tournant décennal. Au fil de ses dix ans, la section immersive de la Biennale de Venise voit le casque quitter progressivement le centre du récit: les œuvres récentes dépendent de plus en plus de lunettes, d'installations diffuses ou de dispositifs hybrides plutôt que du seul visiocasque. Le consultant de la sélection, Michel Reilhac, résume ce mouvement en observant que la technologie a cessé d'être le sujet pour devenir un outil au service des émotions et des idées partagées. L'ouvrage de Trinity College et cette mutation vénitienne se répondent: d'un côté un cadre méthodologique pour créer, de l'autre un signal que le public commence à recevoir ces œuvres sans la médiation spectaculaire du dispositif.

Ce que cela change pour nos scènes

Pour nos artistes et nos lieux, l'enjeu est moins d'acquérir un nouveau matériel que de se doter d'un vocabulaire commun. Quand un livre de cette densité paraît, il devient possible d'écrire des cahiers des charges précis, de former des médiateurs, d'anticiper les contraintes d'accessibilité que les événements de lancement hybrides prennent déjà au sérieux — interprétation LSF ou anglaise, inscription en amont, attention portée à la dignité des participants. Nous gagnons aussi une grille pour évaluer les propositions qui nous parviennent: moins impressionnées par la prouesse technique, mieux armées pour juger de ce qu'une œuvre fait réellement vivre à un visiteur. C'est de cette appropriation lente, partagée entre chercheurs et praticiens, que dépendra la prochaine décennie des scènes immersives.