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Taalrumiq : quand l'art inuvialuk rencontre la réalité augmentée en Suède

D'après Cabin Radio, l'artiste inuvialuk Taalrumiq, originaire de Tuktoyaktuk, a posé une question sensible lors d'une résidence en Suède: comment transporter à des milliers de kilomètres la lumière…

Taalrumiq : quand l'art inuvialuk rencontre la réalité augmentée en Suède

D'après Cabin Radio, l'artiste inuvialuk Taalrumiq, originaire de Tuktoyaktuk, a posé une question sensible lors d'une résidence en Suède: comment transporter à des milliers de kilomètres la lumière d'un printemps arctique, le craquement d'un kamotik sur la banquise, la chaleur d'un qulliq? Elle fait partie des dix créateurs invités par le Taqsiqtuut Research-Creation Lab à imaginer une œuvre immersive dans le cadre du Arctic Arts Summit 2026. Le programme invitait à penser les « confluences, les mouvements, les histoires partagées, la fabrication du lieu, la spécificité du site, la langue, la terre et les voies d'eau » — un terrain d'enquête qui touche directement aux usages immersifs et à la réalité augmentée que nous accompagnons.

Avant l'œuvre, le temps long de l'invité

Stiliste et créatrice de contenus, Taalrumiq voyait la démarche autrement que comme un simple geste artistique. L'enjeu, confie-t-elle au média canadien, était aussi de comprendre « ce que cela signifie d'être une invitée responsable dans un autre pays et d'y apporter son œuvre ». La résidence s'est déployée entre le Canada et la Suède au long des éditions 2025 et 2026, imposant à chaque artiste une temporalité longue avant de produire. Autrement dit, l'immersion ne s'improvise pas: elle suppose d'avoir longuement habité le lieu d'accueil pour en parler avec justesse.

Upinraksaq, un printemps inuvialuk sous nos yeux

L'œuvre qui en a émergé, Upinraksaq, met en scène un printemps inuvialuit. On y découvre, comme le décrit Taalrumiq dans un billet relayé par Cabin Radio, la neige et la glace, un kamotik transportant la glace de la « bonne eau », un qulliq sculptural à la flamme qui réchauffe, et une figure inuvialuk tournée vers le paysage, vêtue d'un atigi et de lunettes de neige pour se protéger de l'éclat du soleil printanier. Ce qui frappe, c'est la minutie sensorielle choisie: la RA ne sert pas de décor — elle devient un véritable outil de transmission d'un quotidien que peu de visiteurs ont vu de leurs propres yeux.

Deux peuples autochtones, une mémoire partagée

Réunis en Suède en mars, les artistes ont assisté aux travaux de la Commission vérité pour le peuple sámi. Taalrumiq y a relevé, d'après Cabin Radio, des échos profonds avec l'expérience des peuples autochtones du Canada telle que documentée par la Commission de vérité et réconciliation: pans d'une culture arrachés, détruits, minimisés. C'est là que nous voyons ce que la RA peut changer: lorsqu'elle prend en charge des récits longtemps invisibilisés, elle ne se contente plus d'orner un lieu d'exposition — elle restitue une spatialité, une épaisseur culturelle, et installe une responsabilité d'invité autant que de visiteur. À nous, désormais, d'imaginer la suite: quelles œuvres sauront prendre ce temps, et ce risque, pour donner à voir ce qui ne se voit qu'à condition d'y être convié?