
Une quinzaine d'œuvres — pour la plupart créées depuis 2020 — sont réunies dans ce parcours inscrit dans la programmation de Chroniques, la Biennale des imaginaires numériques. Pour la scène française des arts numériques, c'est un rendez-vous à noter: peu d'expositions articulent aussi frontalement la question du médium vidéoludique et celle des luttes contemporaines.
Le code vidéoludique comme surface à déborder
Plutôt que de traiter le jeu vidéo comme un sujet à documenter, la sélection le considère comme un médium à déborder. Les artistes retenus — venus de France, d'Inde, du Ghana, du Bénin, du Brésil et de Colombie — s'emparent des mécaniques vidéoludiques pour les retourner: règles, corps, interfaces et espaces virtuels deviennent autant de couches à interroger, à réécrire, à rendre poreuses. Rapports de domination, extractivisme numérique et récits coloniaux sont nommément ciblés, tandis que la programmation ouvre en contrechamp des alliances interspécifiques et des récits oraux qui réenchantent le monde.
L'exposition croise installations interactives, sculptures et narrations transmédia — un assemblage qui force le visiteur à négocier avec la machine plutôt qu'à la regarder passivement. La contrainte d'interaction devient elle-même un parti pris curatoriale: chaque pièce pose une règle, et c'est au public de l'enfreindre ou de la prolonger.
Parmi les œuvres figure une installation monumentale conçue in situ pour les volumes du Grenier à sel. Pas une reprise adaptée à la hâte: une production neuve, contrainte par l'architecture du lieu et pensée pour ses visiteurs — ce qui change la nature de l'itération, forcément liée au bâti.
Un lieu qui produit, pas un écrin qui expose
Le Grenier à sel n'est pas un container neutre. Ce monument historique avignonnais, réhabilité par l'architecte Jean-Michel Wilmotte, est dédié aux expressions croisant art, science et technologies contemporaines. Le fonds de dotation EDIS, créé par le mécène Régis Roquette (dix ans célébrés en 2022), y produit des œuvres, accueille des artistes en résidence et développe des médiations culturelles. Pour qui suit la scène des arts numériques, c'est donc un lieu où voir des pièces abouties, mais aussi un endroit où comprendre les conditions concrètes de leur production — résidences, accompagnement technique, soutien à l'itération.
Ce qu'il reste à observer de près
L'installation monumentale in situ n'a pas encore livré ses choix techniques: matériau, motorisation, captation, durée de boucle — autant de variables qui pèsent sur la réception. La répartition entre pièces interactives, sculptures et récits transmédia dira aussi quelque chose de la manière dont le commissariat hiérarchise le médium. Enfin, la cartographie internationale — France, Inde, Ghana, Bénin, Brésil, Colombie — mérite d'être lue comme une politique curatoriale, pas comme un simple échantillonnage géographique.
Pour s'y rendre: 2 rue du Rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon. Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h, hors jours fériés.