
La distinction, remise par la Pax Art Foundation et la Maison des arts électroniques de Münchenstein, près de Bâle, salue « le développement constant d'un langage visuel numérique original et son rôle pionnier dans cet art en Suisse ». Pour qui suit de près la scène helvétique des arts numériques, ce n'est pas une surprise — mais c'est un marqueur utile pour comprendre comment un médium s'est imposé en trente ans de pratique.
Le tournant logiciel
Avant les écrans, il y a le crayon. Netzhammer a d'abord travaillé le dessin au trait, avec une économie de moyens qui ne quittera plus son travail. Le basculement arrive quand il s'empare de logiciels pensés pour l'architecture — des outils de modélisation, pas des outils d'animation. La contrainte devient grammaire: lignes vectorielles, personnages sans visage ni parole, scénarios surréalistes qui contournent l'anthropomorphisme en le rendant explicite, presque mécanique. Ce n'est pas de l'animation traditionnelle: c'est du code architectural reconverti en récit.
Pour les artistes qui travaillent aujourd'hui dans ce sillage, la leçon est concrète. Le choix de l'outil — souvent dicté par le budget, la formation, l'accès — finit par structurer le langage. Un logiciel d'architecture ne produit pas le même type de regard qu'un logiciel d'animation 3D. Netzhammer l'a compris très tôt, et toute une génération suisse a pu s'en emparer ensuite.
Quand l'image sort du cadre
Le geste suivant est spatial. Netzhammer extrait ses univers numériques des écrans pour investir l'architecture: projections, son, environnements immersifs. Une de ses pièces les plus parlantes est une sculpture de cheval grandeur nature perchée au sommet d'un immeuble zurichois, actionnée par un mécanisme hydraulique — elle se cabre, griffe le sol. Au premier regard, sculpture figurative classique; au second, prolongement logique de ses animations: un corps numérique devenu volume habité.
C'est ce mouvement — du pixel à la ville, du moniteur au bâtiment — qui lui vaut aujourd'hui la reconnaissance. Le Kunsthaus de Zurich lui a consacré en 2025 une exposition dialoguant avec le sculpteur Wilhelm Lehmbruck, disparu en 1919. En mai 2026, il a obtenu le Prix du cinéma de la région de Bâle pour son premier long métrage d'animation, « Reise der Schatten » (« Voyage des ombres »). Le parcours traverse en quelques années tous les formats de la création numérique — installation, sculpture, cinéma — et redéfinit à chaque étape ce que « numérique » peut vouloir dire.
À surveiller dans la prochaine saison
Le Pax Art Award fonctionne sur un principe simple: la moitié de la somme finance l'acquisition d'une œuvre pour la collection de la fondation, l'autre moitié soutient la production d'un nouveau travail. Netzhammer n'est pas en début de parcours — le jury le dit lui-même, il s'agit d'une reconnaissance de trajectoire, pas d'un coup d'envoi. Mais l'argent servira, et le prochain projet est à surveiller de près.
À noter: deux distinctions de 15 000 francs chacune vont à Daniela Brugger et Tamara Janes, jeunes artistes alémaniques de la même scène. Pour les curateurs et programmateurs qui construisent la saison 2026-2027, c'est un signal à intégrer. Le « cosmos vivant » décrit par le jury n'est pas un acquis — c'est un chantier ouvert, et la relève existe, elle opère en Suisse, dans la même filiation de rigueur conceptuelle.